La Vérité du symbole
La Vérité du symbole
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Expliquer, du latin explicare, signifie « dérouler, déplier ». Expliquer un texte, une idée, un concept, c'est en défaire les plis ou l'ouvrir pour exposer ce qu'il contient, en dégager clairement l'implicite. Expliquer un mot inconnu, c'est le traduire en d'autres mots dont le sens est connu et ainsi le rendre intelligible. Le langage usuel, dont la polysémie engendre parfois malentendus et confusions, est, de ce fait, l'objet d'une critique qui voit en lui un obstacle épistémologique. On cherche alors un recours dans un langage rigoureux et univoque dont l'exactitude élimine les flottements.

L’interprétation surgit là où le sens continue de faire défaut, là où l’explication est impossible, où la compréhension rationnelle se heurte à un mur d’incompréhension. C’est cette non-intelligibilité qui appelle au travail d’interprétation. Un travail, par nature, sans fin : chaque lecture, chaque analyse, chaque réflexion ne fait qu’ouvrir davantage de portes, révélant des profondeurs insoupçonnées et des significations toujours renouvelées. Nous ne pouvons jamais prétendre avoir atteint le dernier mot, avoir épuisé le sens entier.

Selon l’étymologie, le symbole est une pièce de poterie ou un objet brisé, lors d’un pacte ou d’un contrat, dont les deux moitiés servent de signe de reconnaissance. Il a une structure duelle : il présente un deuxième sens à travers un sens premier immédiat. Quand on parle de symbole logique, mathématique, chimique ou scientifique, on entend par là un symbole conventionnel et univoque, inventé pour expulser l’équivocité des termes du langage usuel et permettre la communication transparente nécessaire à la science. Le symbole est constitué par sa règle d’emploi, fixée explicitement. On ne peut plus guère parler de sens, sauf métaphoriquement, car le symbole, pris dans cette acception technique spécialisée, fonctionne en éliminant toute polysémie et donc la multiplicité des effets de sens. Il exclut par là toute profondeur.

C’est précisément cette équivocité et cette profondeur qui caractérisent le symbole, pris dans un sens philosophique, poétique, esthétique, religieux ou ésotérique. L'ambiguïté n'est pas ici un « défaut ». Le symbole n'est pleinement symbole que par et dans la multiplicité de sens. Le symbole est équivoque et ambigu ; il donne à penser. Il oscille entre le sens le plus vide et le sens le plus plein. Il vient ouvrir des espaces de liberté où le sens n’est pas donné d’avance, mais doit être découvert. Le symbole accueille la multiplicité, il s’épanouit dans l’ambiguïté et laisse place à l’interprétation.

L’interprète, tel un médiateur — et comme le rappelle l’étymologie inter-esse, « être entre » — se tient à la frontière du visible et de l’invisible, entre le connu et l’inconnu. Il traduit, non pas en appauvrissant le message, mais en déployant le potentiel caché. Il est un passeur, une passerelle vivante qui permet au sens de franchir le seuil de l’invisible pour être entrevu, pressenti, mais jamais pleinement capturé.

S’il est une règle essentielle dans l’approche des symboles, c’est la méfiance face aux interprétations toutes faites, à ces explications figées qui nous sont proposées comme des vérités définitives. Car le symbole, par nature, échappe à tout enfermement dans un discours unique. Il se dérobe aux explications rationnelles qui voudraient le réduire à une formule ou une vérité simple. Le symbole, au contraire, doit créer une dynamique dans notre imaginaire pour nous faire accéder à une dimension qui dépasse le dicible et l’entendement. Il invite à explorer un sens plus vaste, à s’ouvrir à une compréhension intuitive, métaphysique.

Dans de nombreuses traditions spirituelles et ésotériques, le symbole occupe une place centrale. Il opère une transformation intérieure par la répétition de gestes, de mots, d’images ou de mythes. À chaque itération, le symbole se révèle sous un nouvel angle et gagne en profondeur. Il trace, ouvre un chemin unique, situé à la croisée de deux dimensions essentielles : d’un côté, la transcendance, l’absolu ; de l’autre, le personnel – cette capacité de chacun à ressentir, accueillir, et s’ouvrir au sacré. Le symbole devient alors une expérience intérieure, un moyen aussi de se connaître soi-même.

Le chemin symbolique nous rappelle que tout savoir est limité, provisoire, et que la Vérité refuse de se laisser enfermer dans un discours unique ou un dogme figé. Ce chemin est un apprentissage sans fin, où chaque étape apporte une vision nouvelle, un éclairage renouvelé. Ce n’est pas un voyage pour « détenir » la vérité, mais pour l’approcher, la pressentir, la vivre dans une ouverture perpétuelle à l’inconnu, à l’indicible, à l’Autre, au Sacré. Il nourrit notre quête de sens en nous rappelant que l’essentiel n’est pas de tout comprendre, mais de rester en chemin, de poursuivre cette recherche vers cette Vérité, en nous-même, qui se laisse entrevoir sans jamais se livrer tout à fait.