Le sacré, tel que nous le concevons a priori, est lié au divin, au surnaturel, aux rituels anciens ou aux croyances mystiques. Nous imaginons des temples, des prières, des offrandes ; des lois imposées par les dieux ou inscrites dans des textes anciens. Nous pensons le sacré réservé aux religions, aux dogmes et à leurs interdits. Mais le sacré dépasse tout cela. Il est plus vaste, plus profond. Il n’est pas simplement lié à la croyance, ni réductible aux prescriptions morales.
Le sacré, c’est avant tout une expérience : celle du mystère, de l’altérité, de la distance infranchissable.
Ce qui est sacré ne se résume ni à la foi ni à la religion : il est ce qui impose le silence et le respect. Qu’est-ce que le sacré sinon ce qui nous fait entrevoir l’éternité dans l’éphémère, l’absolu dans le relatif ? C’est l’absence de sens qui rend le sacré nécessaire. Sans lui, nous serions condamnés à errer dans un monde de pure utilité, où tout s’échange et rien ne se donne. Le sacré, c’est cette part de gratuité dans l’existence, ce quelque chose qui ne sert à rien, sinon à nous rappeler que nous sommes plus que des animaux qui consomment et qui survivent. C’est ce qui nous relie à une transcendance qui, aujourd’hui, semble avoir déserté nos vies.
Le sacré est ce qui nous échappe et qui, par là même, nous dépasse. Il est ce qui impose le silence, non par autorité, mais par nécessité. Le sacré, c’est ce qui nous arrête, ce qui nous oblige à marquer une pause, comme devant un précipice. Il est l’abîme qui nous fait reculer, la montagne qui nous fait lever les yeux. Il est cette distance infranchissable, cette séparation inaltérable qui donne sa profondeur au monde et du sens à nos vies.