Y a-t-il dans ce monde quelque chose de fixe, de toujours vrai, d’absolument juste, de vraiment beau ? C’est contre le « tout se vaut » que s’insurge Platon, l’un des plus grands philosophes de l’histoire. Né à Athènes dans une famille aristocratique, il devient l’élève de Socrate, un penseur révolutionnaire, connu pour ses discussions publiques et son opposition aux sophistes, qu’il accusait de monnayer leur savoir. Platon, marqué par l’exécution injuste de Socrate en 399 av. J.-C., s’engage à rechercher une vérité universelle, immuable et indépendante des opinions de la majorité.
Disciple de Socrate et fondateur de l’Académie
La pensée de Platon prend forme dans le contexte politique troublé d’Athènes après la guerre du Péloponnèse. Il devient l’héritier des idées socratiques, s’opposant à la rhétorique des sophistes et à la démocratie athénienne qu’il considère responsable de la condamnation à mort de Socrate. Sa philosophie est principalement transmise sous forme de dialogues, où Socrate apparaît souvent comme le protagoniste principal. L’Apologie de Socrate, Le Phédon et Le Banquet comptent parmi ses œuvres les plus célèbres.
Platon fonde l’Académie, la première institution d’enseignement philosophique de l’Antiquité, près d’Athènes. Il y dispense son savoir pendant de nombreuses années, influençant ainsi des générations de philosophes, y compris Aristote, son élève le plus célèbre.
La théorie des Idées et l’allégorie de la caverne
Platon est surtout connu pour sa théorie des Idées, selon laquelle le monde sensible que nous percevons est une copie imparfaite d’un monde supérieur, le monde des Idées ou Formes. Selon lui, les objets matériels ne sont que des reflets des Idées parfaites et éternelles qui existent dans le monde intelligible. Cette métaphysique est illustrée par sa célèbre allégorie de la caverne, développée dans La République, où il décrit des prisonniers enchaînés dans une caverne qui prennent les ombres pour la réalité, ignorant l’existence du monde extérieur.
Dans La République, Platon développe également sa vision d’un État idéal, gouverné par des philosophes-rois. Ces dirigeants, formés à la connaissance des Idées, sont les seuls à pouvoir diriger la cité de manière juste, loin des intérêts personnels et des passions populaires. Platon critique ainsi la démocratie athénienne, où la vérité se soumet aux opinions de la majorité.
Philosophie, politique et éthique
Platon envisage une société où chaque citoyen remplit le rôle qui lui est naturellement destiné, pour le bien de la collectivité. Sa réflexion sur la justice, le beau et le bien se fonde sur l’idée que l’harmonie et l’ordre doivent prévaloir, que ce soit dans l’âme humaine ou dans la société. Il soutient que seule une vie guidée par la raison permet d’atteindre la véritable sagesse et le bonheur.
Son séjour à Syracuse, où il essaie d’appliquer ses idées auprès du tyran Denys le Jeune, se solde par un échec cuisant. Cet épisode le conforte dans l’idée qu’il est impossible de mettre en œuvre une gouvernance philosophique dans un monde soumis aux passions humaines.
L’héritage de Platon
Platon reste une figure incontournable de la philosophie, son influence s’étendant bien au-delà de l’Antiquité. Sa quête d’un savoir éternel et immuable a inspiré des penseurs à travers les âges. Ses théories ont notamment influencé le christianisme, la pensée médiévale et la philosophie moderne. Même aujourd’hui, ses idées continuent d’alimenter les débats philosophiques, qu’il s’agisse de questions sur la vérité, la justice ou la nature de la réalité.
Citations
« Si donc la vérité des choses existe toujours dans notre âme, elle doit être immortelle. Aussi faut-il, quand il se trouve qu’on ne sait pas, c’est-à-dire qu’on ne se rappelle pas une chose, se mettre avec confiance à la chercher et à s’en ressouvenir. »
Ménon (v. 386-382 av. J.-C.), 86b-86e, trad. É. Chambry, Flammarion, 2016
« Cet art, (l’écriture) produira l’oubli dans l’âme de ceux qui l’auront appris, parce qu’ils cesseront d’exercer leur mémoire : mettant, en effet, leur confiance dans l’écrit, c’est du dehors, grâce à des empreintes étrangères, et non du dedans, grâce à eux-mêmes, qu’ils feront acte de remémoration. »
Phèdre (v. 370 av. J.-C.), 274c-275b, trad. L. Brisson, Flammarion, 2006
« Il faut en effet que l’homme arrive à saisir ce qu’on appelle "forme intelligible", en allant d’une pluralité de sensations vers l’unité. »
Phèdre (v. 370 av. J.-C.), 249c-250a, trad. L. Brisson, Flammarion, 2006
« Comme je l’ai dit en effet, toute âme humaine a, par nature, contemplé l’être ; sinon elle ne serait pas venue dans le vivant dont je parle. Or, se souvenir de ces réalités-là à partir de celles d’ici-bas n’est chose facile pour aucune âme. »
Phèdre (v. 370 av. J.-C.), 249c-250a, trad. L. Brisson, Flammarion, 2006
« C’est justement en m’assignant pareille tâche, me semble-t-il, que le dieu m’a attaché à votre cité, moi qui suis cet homme qui ne cesse de vous réveiller, de vous persuader et de vous faire honte, en m’adressant à chacun de vous en particulier, en m’asseyant près de lui n’importe où, du matin au soir. »
Apologie de Socrate (v. 393-389 av. J.-C.), 30d-31b, trad. L. Brisson, Flammarion, 2017
« [Penser est] une conversation que l’âme poursuit avec elle-même sur ce qui est éventuellement l’objet de son examen. »
Théétète (v. 369 av. J.-C.), trad. L. Robin, Gallimard, coll. Pléiade, 1950
« Le plus grand des maux est de commettre l’injustice. »
Gorgias (v. 380 av. J.-C.), 469b, trad. L. Robin