François-Marie Arouet, plus connu sous le nom de Voltaire, incarne l’esprit des Lumières et le combat contre l’obscurantisme. Figure centrale du XVIIIe siècle, il est à la fois philosophe, écrivain, dramaturge et poète, mais surtout, il est l’un des intellectuels les plus engagés de son temps. Voltaire a consacré sa vie à dénoncer l’intolérance religieuse, l’injustice, et le fanatisme, tout en défendant avec ferveur la liberté d’expression et la tolérance. Avec son ton acerbe, son humour mordant, et son esprit critique, il a marqué la pensée moderne, et son influence dépasse largement les frontières de son époque.
La formation d’un esprit critique et la naissance de Voltaire
Né à Paris en 1694 dans une famille de la bourgeoisie, François-Marie Arouet reçoit une éducation classique au collège Louis-le-Grand, un établissement jésuite. Très vite, il se distingue par son esprit vif et son goût pour la satire, ce qui lui vaut quelques ennuis dès sa jeunesse. En 1717, à seulement 23 ans, il est emprisonné à la Bastille pour avoir écrit des poèmes irrévérencieux à l’encontre de la Régence. C’est pendant ce premier séjour en prison qu’il adopte le pseudonyme de Voltaire, une anagramme partielle de son nom, qui deviendra son nom de plume pour le reste de sa vie.
Son séjour en Angleterre, de 1726 à 1729, après une nouvelle querelle mondaine, constitue un tournant décisif dans sa pensée. Là-bas, il découvre les idées de John Locke, Berkeley et Newton, mais aussi la liberté politique et religieuse dont jouissent les Anglais. Il admire le système anglais, qui combine monarchie constitutionnelle et tolérance religieuse, en opposition à l’absolutisme et à l’intolérance qui règnent en France. Ses Lettres philosophiques (1734), publiées à son retour, célèbrent la liberté anglaise et critiquent la monarchie française, ce qui lui vaut un nouvel exil forcé. Voltaire devient alors un adversaire acharné du fanatisme religieux et de l’autoritarisme.
Un combat contre l’infâme
L’expression « Écrasez l’infâme », souvent abrégée en « Écrlinf » dans ses lettres, résume la mission que Voltaire s’assigne : combattre l’injustice et l’obscurantisme, qu’il identifie avant tout au clergé catholique et à la superstition. Bien qu’il soit croyant – il conçoit Dieu comme un « éternel géomètre », créateur rationnel de l’univers – Voltaire méprise les dogmes religieux et la soumission aveugle à l’autorité ecclésiastique. Il raille également les visions fatalistes de la vie humaine, telles que celle de Pascal, qu’il critique pour avoir dépeint une nature humaine misérable, ou celle de Leibniz, dont il se moque à travers le personnage de Pangloss dans Candide, qui répète sans cesse que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ».
Voltaire s’engage activement dans plusieurs affaires judiciaires célèbres qui cristallisent son combat contre l’intolérance. Il défend avec acharnement les victimes d’erreurs judiciaires et d’intolérance religieuse, comme Jean Calas, un protestant injustement accusé d’avoir tué son fils, ou le chevalier de La Barre, un jeune homme torturé et exécuté pour ne pas avoir salué une procession religieuse. Grâce à ses écrits et à sa mobilisation, Voltaire parvient à faire annuler la condamnation de Calas et à réhabiliter sa mémoire.
Candide et la philosophie de l’optimisme
Candide ou l’Optimisme (1759) est sans doute l’œuvre la plus célèbre de Voltaire. À travers ce conte philosophique, il se moque de l’optimisme métaphysique prôné par Leibniz, selon lequel tout dans l’univers est le résultat d’un plan divin parfait. Voltaire, au contraire, décrit un monde absurde, rempli de souffrances et d’injustices, et propose une vision beaucoup plus terre-à-terre de la condition humaine. Après avoir traversé une série d’épreuves horribles, Candide finit par conclure qu’il faut « cultiver notre jardin », une invitation à se concentrer sur les actions concrètes et modestes, plutôt que de se perdre dans des spéculations métaphysiques stériles.
Cette philosophie pragmatique, axée sur l’action et la responsabilité individuelle, caractérise toute l’œuvre de Voltaire. Il rejette les visions abstraites et idéalistes du monde, prônant plutôt une attitude réaliste face aux épreuves de la vie. Loin de sombrer dans le pessimisme, Voltaire invite à l’effort et au travail pour améliorer la condition humaine.
L’intellectuel engagé
Voltaire ne se contente pas de philosopher depuis son bureau. Tout au long de sa vie, il met son influence et sa notoriété au service de grandes causes. Sa lutte contre l’intolérance religieuse culmine avec la publication du Traité sur la tolérance (1763), dans lequel il plaide pour la liberté religieuse et la coexistence pacifique des croyances. « Qu’est-ce que la tolérance ? C’est l’apanage de l’humanité. » Voltaire rejette avec force toute forme de persécution religieuse et prône une société où chacun peut pratiquer librement sa foi, ou ne pas en avoir.
Voltaire est également un critique farouche de la torture et des abus de pouvoir. Dans son Dictionnaire philosophique portatif (1764), il dénonce l’injustice des tribunaux et fustige l’Église pour son soutien à des pratiques inhumaines. Ce dictionnaire, jugé trop accessible et populaire, est rapidement interdit et brûlé par les autorités. Pourtant, il devient l’un des ouvrages les plus influents de son temps, diffusant les idées des Lumières auprès d’un large public.
Ferney : le refuge du philosophe
En 1758, Voltaire s’installe à Ferney, un petit village proche de la Suisse, où il passe les vingt dernières années de sa vie. À Ferney, Voltaire devient une sorte de roi-philosophe, entouré d’amis, de disciples et de correspondants du monde entier. Il continue à écrire, à publier et à défendre les causes qui lui tiennent à cœur. Il correspond avec des figures illustres comme Catherine II de Russie et Frédéric II de Prusse, tout en accueillant dans son domaine une multitude d’intellectuels et de penseurs.
Ferney devient ainsi un véritable centre intellectuel, où les idées des Lumières se diffusent et s’affinent. Voltaire y mène une vie active jusqu’à la fin, continuant à critiquer l’intolérance, le fanatisme, et à promouvoir la liberté de pensée et la justice. Il est véritablement le philosophe engagé, celui qui met ses idées au service de la réforme de la société.
L’héritage de Voltaire
Voltaire meurt à Paris en 1778, peu de temps avant le déclenchement de la Révolution américaine, qui incarnera plusieurs des idées qu’il a défendues toute sa vie. Son influence sur la pensée moderne est immense : il a contribué à façonner les idéaux de tolérance, de liberté de pensée, et de justice sociale qui marqueront les révolutions politiques du XVIIIe siècle.
Aujourd’hui, Voltaire est perçu comme une figure tutélaire de l’intellectuel engagé, un modèle de résistance contre l’oppression et l’obscurantisme. Ses œuvres, et en particulier Candide, restent des classiques de la littérature et de la philosophie, tout en continuant d’inspirer ceux qui luttent pour la liberté, la tolérance et les droits de l’homme.
Citations emblématiques de Voltaire
« Il faut cultiver notre jardin. » – Candide (1759).
« Craignons toujours les excès où conduit le fanatisme. » – Avis au public sur les parricides imputés aux Calas et aux Sirven (1760).
« L’homme n’est point né méchant ; il le devient, comme il devient malade. » – Dictionnaire philosophique portatif (1764).
« Qu’est-ce que la tolérance ? C’est l’apanage de l’humanité. Nous sommes tous pétris de faiblesses et d’erreurs ; pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c’est la première loi de la nature. » – Dictionnaire philosophique portatif (1764).
« L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer / Que cette horloge existe et n’ait point d’horloger. » – Poème sur le désastre de Lisbonne (1756).
Voltaire, par sa pensée critique et son combat pour la liberté, continue d’incarner l’idéal des Lumières. Ses idées sur la tolérance, la justice et la raison résonnent encore aujourd’hui, faisant de lui une figure éternelle de la philosophie et de l’engagement intellectuel.

