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La rivière tumultueuse Tanhā


Quelle est la cause de ce symptôme ? C’est la question qui mène à la Deuxième Noble Vérité. Après le constat, il faut chercher l’étiologie du mal. Le Bouddha répond que la cause de la souffrance, c’est notre soif insatiable, ce désir avide et attaché que, dans la langue pali, on appelle tanhā. Ce mot signifie littéralement « soif ardente ». Tanhā, c’est ce vouloir incessant, cette tendance à toujours s’agripper à quelque chose ou à rejeter autre chose, à exiger que la réalité soit différente de ce qu’elle est. En somme, c’est cette agitation intérieure qui dit constamment « je veux… je ne veux pas… ». Le Bouddha le décrit comme « le désir qui conduit au devenir, accompagné de convoitise et de passion, cherchant satisfaction tantôt ici tantôt là ». Autrement dit, une soif perpétuelle de quelque chose de nouveau ou de mieux, qui nous fait renaître sans cesse dans de nouvelles quêtes insatisfaites. Les textes bouddhiques détaillent trois formes principales de tanhā, pour bien montrer son ampleur : d’abord kāma-tanhā, la soif des plaisirs des sens. C’est la recherche compulsive de tout ce qui peut nous procurer une jouissance sensorielle ou émotionnelle agréable – nourriture, sexualité, divertissements, richesse, confort, statut social, etc. Ensuite bhava-tanhā, la soif d’existence ou de devenir. C’est le désir d’être ceci ou cela, de se réaliser en tant qu’individu, d’atteindre des états d’être particuliers, de prolonger son existence ou de l’exalter. Par exemple, l’ambition de réussite, l’attachement à l’idée d’exister éternellement ou de laisser une trace indélébile s’inscrivent là-dedans. Enfin vibhava-tanhā, la soif de non-existence. Cela peut sembler paradoxal, mais c’est le désir de ne pas être ou le désir de voir disparaître ce qu’on perçoit comme indésirable. On y range les tendances autodestructrices (le souhait d’en finir, le rejet de soi) et les penchants nihilistes. En résumé, désirer avidement, s’attacher, c’est tanhā ; refuser avec véhémence, haïr au point de vouloir anéantir, c’est aussi tanhā sous sa forme d’aversion extrême. Les deux faces – convoitise et rejet – expriment la soif que les choses soient autrement. Pour le comprendre, il suffit d’observer : dès qu’un désir ardent naît en nous, il crée un état de manque tant qu’il n’est pas satisfait. Et si on le satisfait, ce n’est qu’un répit de courte durée – une nouvelle envie surgit, ou bien on se met à trembler à l’idée de perdre ce qu’on vient d’obtenir. C’est un cercle sans fin.


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