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La vallée cachée de dukkha


Dans nos sociétés modernes, nous avons mille moyens de fuir ou d’étourdir notre malaise existentiel : consommation, divertissements, quête de succès ou de nouveauté. Sur le moment, ces stratagèmes donnent l’illusion que tout va bien. Mais sitôt l’excitation retombée, un sentiment de manque revient souvent pointer le bout de son nez. Qui n’a pas fait l’expérience d’un objectif atteint – diplôme, promotion, achat – suivi, après la joie initiale, d’une sorte de vide ou de « et maintenant ? » Cette tendance de l’esprit à n’être jamais entièrement satisfait est précisément l’une des manifestations de dukkha. On déguste un repas délicieux, on vit un voyage merveilleux, mais le plaisir ne tarde pas à s’évanouir, laissant derrière lui un simple souvenir et l’envie d’un autre plaisir. Même l’amour, expérience parmi les plus riches, s’accompagne de la peur de perdre l’être aimé ou d’être déçu. Comprendre dukkha, ce n’est pas sombrer dans la négation des joies de la vie – c’est apprécier ces joies pour ce qu’elles sont (précieuses mais passagères) et cesser d’attendre d’elles un bonheur qu’elles ne peuvent offrir. C’est, en un sens, sortir d’un enchantement : celui de croire que si nous organisons parfaitement notre existence, nous pourrons éviter toute souffrance et être comblés une bonne fois pour toutes. Une telle compréhension demande une certaine bravoure, car il faut accepter de voir la fragilité au cœur même de ce qui nous est cher. Il ne s’agit absolument pas de devenir pessimiste ou fataliste, bien au contraire : c’est le premier pas vers la liberté. De même qu’un médecin doit établir un diagnostic pour traiter un patient, nous devons admettre la présence du mal-être pour espérer le dépasser.


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